Danielle | Allemagne
Perte, douleur et effondrement intérieur.
Tout s’est effondré en moi.
Et je n’avais plus aucun contrôle.
Covid.
Confinement.
Douleur.
Perte.
Impuissance.
Le monde s’est arrêté.
Et pour moi… tout s’est effondré.
C’était un samedi matin.
Un matin calme.
Presque banal.
Je m’étais réveillée doucement,
avec cette sensation rare de légèreté.
J’étais en congé.
Enfin.
Une semaine pour respirer.
Pour ralentir.
Pour vivre autrement.
J’avais des projets.
Des idées plein la tête.
Et surtout…
j’étais heureuse.
Et puis…
le téléphone a sonné.
C’était ma tante.
Dès les premières secondes,
j’ai senti que quelque chose n’allait pas.
Sa voix tremblait.
Elle m’annonce que ma maman
s’est écroulée en plein marché.
Qu’elle a été transportée d’urgence à l’hôpital.
Et en un instant…
tout a basculé.
Ma réalité a changé.
Tout est allé très vite.
Trop vite.
Les jours qui ont suivi ont été une lutte.
Une lutte dans la prière.
Dans les démarches.
Contre le temps.
Je cherchais des solutions.
Je refusais d’accepter que cela puisse mal se terminer.
Je voulais la faire transférer en Europe,
auprès de moi.
Je me disais qu’ici,
elle aurait plus de chances.
Mais le confinement venait de tomber.
Les frontières se fermaient.
Une après l’autre.
Comme si chaque porte
se refermait juste devant moi.
Alors j’ai cherché ailleurs.
Mais partout…
la même réponse.
Impossible.
Encore une porte qui se ferme.
Puis une autre.
Il restait une dernière option.
La faire opérer sur place.
Je m’y suis accrochée.
Comme à un dernier espoir.
Mais même cela…
n’était pas possible.
Les médecins spécialisés étaient bloqués en Europe.
Ils ne pouvaient pas rentrer.
Et là…
j’ai commencé à comprendre.
Je n’avais plus de solution.
Plus de contrôle.
Je ne pouvais rien faire.
Cette sensation…
d’impuissance totale…
je ne l’avais jamais connue.
Alors je me suis accrochée à Dieu.
De toutes mes forces.
Je priais sans m’arrêter.
Je Lui demandais d’intervenir.
De la guérir.
Et au fond de moi…
je croyais encore qu’Il allait le faire.
Mais Son plan…
était différent.
C’est le samedi suivant…
que tout a basculé.
C’était le Samedi Saint.
Et ce jour-là…
Dieu l’a rappelée à Lui.
Cette nuit-là,
je n’ai pas dormi.
Pas une seule minute.
Je priais.
Encore.
Et encore.
Comme si rester éveillée
pouvait encore changer quelque chose.
Vers 4 heures du matin…
mon téléphone a sonné.
C’était un de mes cousins.
Sa voix était étrange.
Comme étouffée.
Il m’a dit :
« Grand-mère est partie. »
Je me suis énervée.
Je lui ai dit de ne pas dire ça.
Pas maintenant.
Pas comme ça.
Parce qu’au fond de moi…
je savais.
Mais je refusais.
Quand j’ai raccroché…
quelque chose en moi s’est effondré.
Pas à l’extérieur.
À l’intérieur.
Comme si une partie de moi
venait de disparaître avec elle.
Mais je ne me suis pas effondrée.
Pas tout de suite.
Je n’en avais pas le droit.
Je suis l’aînée.
Mes frères avaient besoin de moi.
Ma famille aussi.
Alors j’ai tenu.
Pendant que tout autour de moi
se brisait.
Mes tantes s’effondraient.
Certaines ont été hospitalisées.
La douleur était partout.
Et moi…
je devais rester debout.
Organiser.
Décider.
Porter.
Même dire au revoir
était devenu compliqué.
Le confinement empêchait tout.
Alors j’ai avancé.
Comme en pilote automatique.
Je faisais ce qu’il fallait faire.
Mais à l’intérieur…
je m’éteignais.
Je ne pleurais pas.
Pas encore.
Puis les semaines ont passé.
Et un jour…
sans prévenir…
la réalité m’a rattrapée.
J’ai pris mon téléphone.
Par réflexe.
Comme tous les jours.
Je voulais l’appeler.
Lui parler.
Lui raconter ma journée.
Comme avant.
Je l’ai appelé…
Et là…
tout s’est arrêté.
Elle ne répondra plus jamais.
Jamais.
Ce moment-là…
m’a traversée de part en part.
C’est comme si tout ce que j’avais retenu…
pendant des semaines…
avait explosé d’un coup.
Je me suis effondrée.
Complètement.
Brisée.
Perdue.
Vidée.
Une douleur que je ne savais même pas possible.
Une douleur qui envahit tout.
Qui coupe le souffle.
Qui fait perdre pied.
Je me sentais seule.
D’une solitude profonde.
Ma maman n’était pas seulement ma mère.
Elle était tout pour moi.
Elle faisait partie de mon quotidien.
Je lui parlais presque tous les jours.
Parfois pour rien.
Parfois pour tout.
Elle connaissait ma voix.
Même quand je disais que ça allait…
elle savait quand ça n’allait pas.
C’était simple.
Naturel.
Évident.
Elle était là.
Toujours.
Et sans elle…
il y avait un silence
que je ne savais pas habiter.
Alors les émotions ont pris toute la place.
Et à l’intérieur…
la colère a commencé à monter.
Contre les gens.
Leurs paroles.
Leurs réactions.
Parfois leur silence.
Certains voulaient aider…
mais ne comprenaient pas.
Et ça faisait mal.
Mais surtout…
j’étais en colère contre Dieu.
Parce que je Lui avais fait confiance.
Parce que j’avais prié.
Parce que j’y avais cru.
Et pourtant…
Dieu ne l’avait pas guérie.
Je ne comprenais pas.
Et je ne voulais pas comprendre.
Je continuais de prier.
Je continuais d’aller à l’église.
Mais au fond de moi…
rien ne changeait.
Rien.
Un dimanche…
à l’église…
on annonçait les décès.
Des personnes âgées.
70 ans.
80 ans.
90 ans.
Et plus.
Et ma maman…
57 ans.
Je n’arrivais pas à accepter.
Je suis sortie.
En colère.
En larmes.
Je criais à Dieu.
Je ne comprenais pas.
Pourquoi elle?
Pourquoi maintenant?
Pourquoi si tôt?
Et malgré tout…
le silence.
Les jours ont passé.
Les semaines aussi.
Et sans même m’en rendre compte…
je suis tombée.
Doucement.
Silencieusement.
dans une dépression.
Et au milieu de cette nuit…
je ne voyais encore aucune lumière.
« Mon Dieu! Mon Dieu! Pourquoi m’as-tu abandonné,
Et t’éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes ? »
— Psaume 22:2 (LSG)
Danielle | Allemagne
Suite du témoignage
→ Lire la partie 2 : Entre douleur, silence et incompréhension.
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